El Salvador : Interdiction du mariage d’enfants

Cet article est un article d’opinion. Les points de vue exprimés ne reflètent pas nécessairement ceux de l’association Nature et Solidarité.

Selon l’article 159 du Code pénal salvadorien, tout adulte ayant eu des relations sexuelles avec un-e mineur-e de 15 ans (âge de la majorité sexuelle au Salvador) est passible de 15 ans à 20 ans de prison.  Cependant, en cas de grossesse, même si elle était la conséquence d’un viol, l’article 14 du Code la famille autorisait que des enfants ou des adolescents se marient entre eux ou avec un adulte.

Pour un complément d’information, nous vous conseillons la lecture de cet article de Séptimo Sentido (uniquement en espagnol)

Violadores que enamoran a niñas

 El Salvador vient d’interdire le mariage d’un adulte avec un mineur. Cette proposition de loi émanait à l’origine du Fmln, le parti au pouvoir et éternel opposant d’Arena, le parti nationaliste conservateur. Fait notable, la réforme a été votée à l’unanimité. Durant les débats qui ont précédé cette réforme, un cas a été rapporté par Johnny Wright, un député d’opposition qui s’était déjà illustré en proposant de réformer la législation sur l’avortement du Salvador, une des plus restrictives au monde, en ouvrant cette possibilité aux mineures victimes de viol et en autorisant l’avortement thérapeutique. Le cas rapporté par le député d’Arena est celui d’une mineure de 11 ans qu’un adulte avait mise enceinte pour contraindre sa famille à autoriser leur mariage. Cette sombre affaire donne du poids au principal argument contre cette pratique : elle permet à un adulte d’abuser d’une mineure pour l’obliger une fois enceinte à se marier avec son agresseur ; autrement dit, l’union légalise le viol.

 Un sondage de l’UNICEF daté du 26 juillet 2017 indique que 90% de la population salvadorienne est opposée au mariage des petites filles, mais aussi aux grossesses précoces qui sont cependant fréquentes, en particulier dans les couches les plus pauvres de la société. Cette contradiction apparaît très clairement dans les résultats de cette enquête de l’UNICEF sur la plateforme U-Report. A la question “Connais-tu une petite fille qui est mariée, enceinte ou ayant déjà des enfants?”, 70% des personnes interrogées répondent oui. Pour la majorité des Salvadoriens la vie est une lutte quotidienne. Pourtant, malgré ses nombreuses difficultés, la société salvadorienne avance ; les mentalités changent (même si c’est plutôt lentement) en faveur d’une société moins violente, plus juste et équitable : selon ce sondage, 79% de la population rejette le mariage avec un-e mineure-e et 95% pensent qu’un enfant n’est pas prêt pour assumer le rôle de parent. Mais pourquoi alors ce grand écart entre le nombre de personnes opposées au mariage et aux grossesses de petites filles et le nombre de personnes connaissant une petite fille-mère? A cette question, le législateur a répondu en abrogeant la disposition de l’article 14 du Code la famille rendant possible en cas de grossesse le mariage d’un enfant avec un adulte, même en cas de viol. Jusqu’alors, hors-mariage, on considérait donc qu’un enfant n’ayant pas atteint l’âge de la majorité sexuelle n’était pas en mesure de donner son consentement, mais une fois marié, ce consentement serait acquis comme par enchantement. Malgré l’opposition de la grande majorité de la population, la loi autorisait ces abus en couvrant le viol de mineurs par le mariage. L’argument des opposants à cette réforme du Code la famille consistant à dire qu’elle favoriserait le nombre d’enfants nés hors mariage en est d’autant plus inaudible et c’est tant mieux. El Salvador continue d’avancer. D’autres pays, tout comme une dizaine d’états des États-Unis, où le mariage d’un adulte avec un mineur est toujours autorisé, feraient bien de s’en inspirer.

Pierre-Alexis Rigaudière

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