Coupable de vous plaire

Article d’opinion. Le contenu de cette publication ne reflète pas obligatoirement l’opinion ou la position de l’association Nature et Solidarité.

Isla Bastimentos, Panama

En 2014, nous avons effectué un long voyage en Amérique Centrale lestés de nos sacs à dos. C’est ainsi qu’un jour nous sommes arrivés au Panama où nous avons séjourné à Bastimentos, la plus grande île de l’Archipel de Bocas del Toro, dans la mer des Caraïbes. Chaque matin, en nous appuyant sur la rambarde du balcon de l’hôtel, nous pouvions approcher de très près un couple de volatiles des plus expressifs, des amazones à lores rouge (Amazona autumnalis). Très prisée comme animal de compagnie, cette espèce amusante, aussi très sociable, fait l’objet d’un commerce lucratif tout comme d’autres Psittacidés. Leurs nids sont pillés. Les voleurs emportent leur butin, des oisillons dont la plupart du temps ils coupent les ailes (éjointage), leur niant à tout jamais le droit se s’envoler. C’est peut-être un moindre mal, car une fois mutilés de la sorte, n’ayant plus d’autre choix que celui de se déplacer en se dandinant sur leurs pattes, les malchanceux captifs ne pourront désormais plus s’échapper. Oui. C’est peut-être une chance dans leur malheur, car seul ceux qui auront subi ce traitement barbare auront peut-être le droit de ne pas finir leurs jours derrière les barreaux de leur nouvelle maison, une cage dont l’étroitesse interdit si souvent de pouvoir déployer ses ailes. Un raffinement de cruauté pour un oiseau.  Mais ça, les pilleurs de nid et leurs clients n’en ont cure. Ces pauvres volatiles sont condamnés, puisque coupable de vous plaire, vous qui en êtes les acheteurs. Et dire que certains vont jusqu’à prétendre que c’est de l’amour.

Isla Bastimentos, Panama

 En voyant ce couple chamailleur, se mettant tantôt des coups de becs pour mieux se témoigner dans la seconde des marques d’affection, je me suis posé une question. Aujourd’hui, c’est à vous que je la pose : “Ne les préférez-vous pas libres, qu’en cage pour votre bon plaisir?”. Mais sachez avant de répondre, que nul besoin de les enfermer pour les contempler, même de très près. C’est pourquoi ne prenez pas la peine d’avancer un quelconque raisonnement économique pour justifier cette torture. Ces animaux ont bien plus à apporter libres qu’en cage. 

P.A. Rigaudière

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